2008, année olympique, et Japan Expo bat à nouveau des records ! Record de durée puisque le salon s'est tenu pour la première fois sur quatre jours, du jeudi au dimanche ; record de surface occupée, avec l'ajout du hall 4 du Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte aux deux halls 5A et 5B2 de l'année précédente ; record d'affluence avec un total à peine imaginable de 130.000 visiteurs !
Une infime partie de ces visiteurs, quelques 'petites' centaines tout au plus, avaient pu acquérir des billets privilèges (billets platine, or ou zen) leur donnant notamment la possibilité d'entrer avant tout le monde en se présentant au stand d'accueil qui leur était réservé à l'écart de l'esplanade couverte par l'immense foule des festivaliers ordinaires, dont certains s'attendaient sans doute à un vrai chemin de croix !
Eh bien pas du tout ! Selon les témoignages recueillis, ça circulait plutôt bien dans le labyrinthe de la file d'attente, environ une demi-heure pour aller du héraut orientant les festivaliers à grands coups de voix mégaphonique jusqu'aux multiples points de contrôle des billets.
Mais qu'est-ce qui fait accourir un public de plus en plus nombreux de toute la France et même des quatre coins de l'Europe ? Sans vouloir développer de longues et savantes analyses, outre une solide réputation acquise lors des éditions précédentes, une partie de l'explication tient à l'élargissement de la thématique initiale japonaise à des thématiques connexes d'une plus large portée géographique, sous les noms associés d'Azikult (reflétant en particulier la place croissante du manhwa, le 'manga coréen'), Kultigame pour tout ce qui touche aux jeux (jeux vidéo, jeux de cartes...), Kultima pour tout ce qui concerne les univers imaginaire (bande dessinée, science-fiction, fantastique...). Une évolution qui reflète sans doute celle d'un public de moins en moins composé d'otakus primaires et de plus en plus de 'gens ordinaires', aux goûts plus éclectiques, au fur et à mesure de la banalisation des produits culturels japonais dans la société occidentale.
Le meilleur exemple de cette universalisation est celui du jeu vidéo, majoritairement représenté par le japonais Nintendo. Impossible de ne pas remarquer ces nouveaux objets de dévotion populaire, les bornes Wii ou DS omniprésentes dans un hall 4 dont la moitié était consacrée aux jeux vidéo, sans parler du stand du géant nippon installé dans le hall 5, l'un des deux stands les plus vastes du salon, immédiatement identifiable par l'immense Pokémon Rondoudou qui le dominait tel un Bouddha dans une pagode, et à la foule qui se pressait sous son regard devant un podium à écran géant sur lequel se déroulaient tournois et démonstrations de Super Smash Bros. Brawl, le dernier né des jeux Nintendo.
Le seul stand à soutenir la comparaison avec celui de Nintendo était celui d'Ankama qui organisait là son Ankama Convention#2. Outre son premier jeu vidéo en ligne Dofus et les suivants, Wakfu et Dofus-Arena, en cours de développement, l'éditeur français a lancé avec succès, avec ses propres scénaristes et dessinateurs, toute une collection de bandes dessinées dont chacun des titres se décline en plusieurs tomes, à la manière des mangas : Dofus, Wakfu, Maliki, Mutafukaz, Freaks' Squeele, Pandala, accompagnée d'une série d'artbooks. Sous la grosse mascotte rouge du stand, les dessinateurs dédicaçaient tout cela à tours de bras. Non loin d'eux, 150 ordinateurs étaient à la disposition du public pour jouer à Dofus ou Wakfu, et un atelier de dessin permettait aux jeunes talents de s'exercer ou de participer à des concours.
Mais revenons du côté du Japon pour nous intéresser à une autre figure symbolique de l'univers des loisirs japonais : le dieu Naruto (ou devrait-on dire le démon) avait sa statue dressée sur le stand Kana, éditeur de sa saga en version manga, tandis que Hiroshi MATSUYAMA, créateur de jeux vidéo, en présentait une nouvelle version intitulée 'Naruto Ultimate Ninja Storm', et que les multiples clones de l'apprenti ninja arpentaient le salon.
Du Japon également était venu Kazuo KOIKE, écrivain, scénariste (Lone Wolf and Cub, Crying Freeman...) et professeur qui a formé près de 300 mangakas dans son école, parmi lesquels Rumiko Takahashi (Ranma 1/2) et Tetsuo Hara (Ken le survivant). Dans la conférence qu'il a donnée le jeudi, il a notamment expliqué à son auditoire, en tirant argument de la mythologie germanique, les bases qui permettent de concevoir un bon héros de manga. Toujours actif à 72 ans, il a invité ceux qui le désiraient à s'inscrire à son école.
Le vendredi, une conférence intitulée France-Chine : la BD comme passerelle réunissait Jean-David Morvan (scénariste et directeur de collection chez Delcourt) et l'équipe de Xiao Pan (éditeur français de manhua, la BD chinoise) représentée par son directeur Patrick Abry et trois de ses auteurs (Yishan Li, Lu Ming et Benjamin). L'assistance a pu entendre un exposé détaillé des faiblesses de l'édition, en Chine, tant du manhua que de la BD étrangère, ainsi que des perspectives d'ouverture qui se font jour.
Le manga était bien sûr à l'honneur tout au long du salon, au travers de stands expositions, notamment celui de Shueisha, qui fêtait les 40 ans de son magazine Shonen Jump ; on s'y faisait tirer le portrait pour une photo-souvenir au milieu de célèbres héros chantant les louanges du non moins célèbre magazine qui les avait prépubliés, tandis qu'un peu plus loin, on jouait à se faire peur avec la statue grandeur nature de Ken le survivant sur l'espace qui lui était consacré. Tous ces héros et bien d'autres encore s'étaient aussi donné rendez-vous sur le stand-bibliothèque de Manga Café, où l'on pouvait lire leurs aventures en libre-service.
Moins répandue sous nos cieux que le manga ou les jeux vidéo mais en progression, la mode japonaise trouve à Japan Expo son public, qui la pratique selon tous les styles de la Lolita tokyoïte : Gothic, Industrial, Punk, Sweet, Wa, Horror, Fruit, etc.
Tout un quartier du salon était occupé par des stands proposant non seulement des vêtements et accessoires de mode 'made in Japan' mais aussi une large part de créations françaises s'en inspirant, comme celles de la maison KAWAïKO, dont l'égérie Lucile Luzely, talentueuse candidate de l'émission 'Nouvelle Star', a propulsé les vêtements sur les écrans de télévision.
Plusieurs stylistes françaises ont présenté leurs collections lors de deux Défilés Jeunes Créateurs très rythmés, voire chorégraphiés, dont celles de Happy Princess, Toxic Store, ZarZar, HoshiSan', Miss-Tick, Chat-Mallow No Ichigo.
Le samedi, c'est Laforet (grand magasin de mode du quartier Harajuku à Tokyo) qui présentait son défilé Laforet Harajuku Collection ’08 in Paris, dont la vedette n'était autre que la J-Rock-Star Miyavi, qui a défilé en vêtements SEXY DYNAMITE LONDON.
En fin de journée et avant son concert du lendemain à l'Olympia, le même Miyavi a réservé à ses fans une conférence publique organisée par Orient-Extrême en partenariat avec J-Music LIVE.
Au rayon J-Music justement, Japan Expo s'est surpassé, en offrant trois concerts par jour dans une salle spécialement aménagée, la J.E.'s Live House. Pour le prix payé à l'entrée du festival, il ne fallait évidemment pas s'attendre à y voir de grosses pointures comme Miyavi, mais de bonnes surprises tout de même, avec Aoi, look androgyne romantique, voix à l'avenant, douce et mélodieuse, se calant parfois dans les aigus jusqu'à la douleur sur des rythmes J-rock déjà classiques mais vigoureux.
SCANDAL, groupe de quatre j-rockeuses débutantes tout juste sorties du lycée dont elles arborent encore l'uniforme, a su également accrocher le public par ses interprétations pleines de fraîcheur et de dynamisme.
A côté de ces icônes vivantes du Japon moderne, le salon proposait encore des quantités d'autres choses à voir et à faire, beaucoup trop même pour quatre jours de visite, et on s'arrêtera ici sur une image emblématique du Japon de toujours, l'origami, décliné en conférence, démonstration, initiation et mini-exposition grâce à Lee Schang, au Mouvement Français des Plieurs de Papier et au Clan Takeda.
Un clin d'oeil aux plus petits, pour finir : à leur attention avait été aménagé un Espace Enfants, équipé de mignonnes tables et tabourets sur mesure ainsi que de nombreux jeux d'éveil (Hippoglouton, Torti Chenille, etc.). Merci, Japan Expo, on voit bien, à leurs mines réjouies, à quel point ils ont apprécié qu'on ait pensé à eux aussi !
Non, nous n'allions pas terminer sans évoquer le cosplay, qui reste entre toutes l'activité phare de tout salon consacré aux loisirs japonais. Que seraient donc ces salons sans ces visiteurs particuliers qui y apportent leur libre contribution en donnant aux autres l'émerveillement d'une rencontre, dans les allées ou sur les podiums, avec leurs personnages préférés !
Cette année, grande nouveauté, du jamais vu en France, en plus des traditionnels défilés-concours, est apparue à Japan Expo une scène de cosplay libre sur laquelle, à toute heure, toute personne costumée pouvait présenter son propre spectacle, préparé ou improvisé, devant le public et les photographes.
A part cela, chaque journée a apporté comme à l'accoutumée son lot de concours de cosplay, parmi lesquels le Cosplay Japan Expo 'individuels' du vendredi, pour les costumes tirés d'oeuvres japonaises, présenté par Fairy (animatrice de l'association BulleJapon), en costume s'il vous plaît...
...le samedi après-midi, dans un amphi plein à craquer (environ 10.000 spectateurs), le cosplay Kultiverse, individuels et groupes, consacré aux personnages tirés d'oeuvres non japonaises...
...suivi peu après, sur la scène de Cosplay libre, par les présélections du Word Cosplay Summit, le grand concours international de TV Aichi, remporté l'an dernier par les représentants de la France.
En conclusion, Japan Expo 2008, plus grand, plus riche et plus beau que l'édition 2007, nous a offert, en ce début de vacances estivales, une vraie belle moisson de bons souvenirs, de quoi tenir jusqu'à l'an prochain ! Pour ceux qui auraient peur de ne pas y parvenir ou tous les malchanceux qui ont manqué le festival :
N'oubliez pas la session de rattrapage, Chibi Japan Expo, du 31 octobre au 2 novembre 2008 à Paris-Est Montreuil !